On my way back to Istanbul

En revenant d’Istanbul me sont revenus les mots écrits par Serge Daney à la toute fin de sa vie, lorsqu’il portait un long regard rétrospectif sur celle-ci.  L’occasion de reformuler ce qui se met au travail, ou de reconnaître ce qui se tisse au fil d’une existence entière, avec plus d’intensité, peut-être, dans cet endroit tourmenté de Turquie.

Voici, donc. Alors, voilà :

« Il n’est plus de bonnes ni de mauvaises procédures quant à la manipulation de l’image. Celle-ci n’est plus jamais « image de l’autre » mais image parmi d’autres sur le marché des images de marque. Et ce monde qui ne me révolte plus, qui ne provoque en moi que lassitude et inquiétude, est très exactement le monde « sans le cinéma ». C’est-à-dire sans ce sentiment d’appartenance à l’humanité à travers un pays supplémentaire, appelé cinéma. Et le cinéma, je vois bien pourquoi je l’ai adopté : pour qu’il m’adopte en retour. Pour qu’il m’apprenne à toucher inlassablement du regard à quelle distance de moi commence l’autre.

Cette histoire, bien sûr, commence et finit par les camps parce qu’ils sont le cas-limite qui m’attendait au début de la vie et à la sortie de l’enfance. L’enfance, il m’aura fallu une vie pour la reconquérir. »

Serge Daney,

« Le travelling de Kapo »

Publié dans la revue TRAFIC n°4, éditions P.O.L.

johnnyguitar

GLG

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