Une communauté d’action / A community of action

Sheffield, Istanbul, Leipzig, Kiev, Valencia et
… Bergerac, autant de « living-labs » pendant lesquels notre groupe a exploré collectivement les conditions de l’action politique européenne.

Satyajit Ray, dans une citation que nous avons partagé dès octobre, disait qu’il essayait dans son travail de cinéaste de « rester à sa place, dans le présent, au cœur de cette immense

et stupéfiante fourmilière urbaine, et tenter d’orchestrer ses points de vue, ses rumeurs, ses atmosphères, ses vertigineux contrastes »1.

Cela n’a pas été facile, mais c’est ce que nous avons tenté ensemble, rester à notre place dans le présent. Cela n’a pas été facile, oui, tout autant que de résister à la facilité d’orchestrer tout de suite. Enfin plutôt de commenter,

plutôt que prendre le temps de trouver cette place. Démocratie vécue, difficulté d’articuler
le « je » avec un « nous », entrée par moment chaotique dans le cercle du débat. Confusion entre discussion, digression et conversation. Lentement, nous avons constitué les conditions de notre communauté d’action, un peu brinquebalante, mais à y regarder de près, plutôt allante et pas mal déterminée. Plus qu’il n’y pourrait paraître.

Donc, sous la pluie d’octobre à Sheffield, nous avons commencé avec culot à relever le gant: penser le présent, trouver une place dans le présent. Quelques mois plus tard, il s’agit de s’essayer à orchestrer, nous dirions articuler dans la novlangue d’I-team.

Voici donc Bergerac ! Le moment tout autant de l’orchestration, que celui de l’orchestre. «L’articulation est toujours locale, il n’y a pas d’ouverture générale de la frontière, mais la transformation d’une contradiction (ou bien/ ou bien) en un contraste (et, et). »2. De notre nouvelle et temporaire place dans le présent, nous allons nous essayer ensemble à la transformation, ensemble tenter de donner à voir les contrastes plus que les contradictions.

Il ne s’agit donc pas de parler, encore moins, bien évidemment de se parler. Il s’agit de s’adresser, d’adresser des mots à d’autres. C’est une invitation qui peut paraître simple dans ce moment si particulier, héritier du XXème siècle, de désespoir politique, de solitude, de permanente forme d’inquiétude sur le devenir de soi-même et du monde. Mais avons-nous d’autres voies que celles qu’ouvrent les mots ?

Sheffield, Istanbul, Leipzig, Kiev, Valencia and
… Bergerac, so many «living-labs» during the course of which our group has explored together the conditions European political activity.

Satyajit Ray, in a quotation that we have shared since the session of October, said that he tried in his work as a film-maker « to stay in his place, in the present, at the centre of this immense, astonishing urbain anthill, and to attempt to orchestrate its points of view, its rumours, its atmospheres, its dizzy contrasts »1.

It hasn’t been easy, but this is what we have
tried to do together: to stay in our place in the present. Yes, it hasn’t been easy, just as much as resisting the simple way of orchestrating at once. In fact rather than comment, rather than take the time to find this place. Lived democracy, the difficulty of articulating the «I» with an «us», entering at a chaotic moment into the centre

of the debate. Confusion between discussion, digression and conversation. Slowly we have
put together the conditions for a community of action, a little shaky but, looked at more closely, more active and not woolly. More so than it might seem.

So, under the October rain of Sheffield, we bravely began to take up the gauntlet: to think the present, to find a place in the present. A few months later it is a case of trying to orchestrate, we might say to articulate the I-team newspeak. So here is Bergerac! Just as much a moment
of orchestration as one of orchestra. « The articulation is always local, there is no general opening of borders, but the transformation of
a contradiction (either/or) into a contrast (both/ and). »2. From our new and temporary place in the present, we are going to try transformation together, to try together to reveal the contrasts, more than the contradictions.

It is not about speaking, still less, quite obviously, about speaking to ourselves. Il it is about making contact, addressing the words of others. It is
an invitation that may seem simple at such a special time, inheritors of the twentieth century, of political despair, of loneliness, of a permanent state of anxiety about ourselves and the world. But do we have any other ways than those that words provide?

1 – A.K.Sen – Our Culture. Their Culture. Satyajit Ray and the Art of universalism 2 – Isabelle Stengers

Image: Armina PILAV, Towards the statement…

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