Mostar / approches

I.Mostar

  Approche 1

Le pont, sur le pont, sous le pont, à coté, le long, à partir du pont, depuis le pont.
Des plongeurs, des touristes, des jeunes mariés, des enfants qui posent, des chiens, des chats. Les plongeurs plongent, les passants passent. Le centre ressemble à tous les centres historiques. Comment dire … les magasins, les souvenirs, la vie simple, les globuleux dans lesquels la neige tombe doucement sur le pont de Mostar.  Du commun, de la douceur, de touristes heureux qui s’arrêtent une demi-journée dans cette ville fameuse pour son pont. Une ville où on travaille à l’art de vivre,  tranquillement  à l’abri des vieilles pierres, à la solidité du monde,  a sa pérennité.

Approche 2

Grâce à sa forme si particulière, le pont avait toujours résisté… sauf en 1994. Celui-ci,  ce  n’est pas ce le pont d’origine, il n’a que  13 ans, c’est un enfant, au mieux un adolescent. Celui  d’avant avait 1500 ans. Il  a été reconstruit tout à fait à l’identique, pierre par pierre. Pourtant si on ne sait pas, si on  n’a pas suivi l’histoire, cette histoire de la guerre, si on était ailleurs, loin, occupé quand c’est arrivé, alors on pourrait penser que rien à changé depuis le XV ème.  Les centaines d’artisans payés par la Banque mondiale,  l’Italie, la France, la Turquie, la Hollande pour cette prouesse semblent dire : « Nous sommes venus à bout  du désastre: 15 millions de dollar pour faire comme si rien n’était arrivé ».
Alors il me semble que les boutiques sont là pour vendre une idée fallacieuse de la paix, juste bonne à remplir les poches de quelques-uns. Tout à coup, les glaces sont trop roses, les plongeurs trop bien épilés pour risquer leur vie 20m plus  bas dans  la Neretva.

Approche 3

Du pont on aperçoit la ville,  à droite au dessus de nos têtes  une croix et un clocher gigantesques. A gauche, des minarets. Les minarets  appellent à la prière à heures régulières.  Le clocher et la croix  nous regardent,  nous surveillent ou  nous gardent?

Approche 4

Une femme dit : « On ne réconcilie pas les gens avec un pont. ». Je me dis que l’on aurait pu laisser du vide, une béance, un trou, une blessure comme une mémoire active, comme une question. A l’image du Dôme de Genbakhu à Hiroshima. Inès, à cette question, répond  qu’elle aurait aimé mais qu’un tel monument serait immédiatement utilisé par un camp pour rappeler ce que l’autre lui a fait. Sa réponse m’attriste.

Approche 5

La jeune femme qui fait le guide pour les nombreux touristes polonais leur raconte comme le pont fut construit  au XV eme , reconstruit au XXI. Elle ne dit pas qui l’a détruit,  cela pourrait poser des problèmes. Elle dit aussi qu’il y a de plus en plus de touristes. Elle n’a pas l’air de trouver ça très positif. C’est étrange.

Approche 6

En passant sur le pont, je ramasse un petit papier sale. C’est un plan avec des indications en japonais. On y voit tracé, le trajet que doit faire le touriste japonais de passage dans la ville. Le plan est petit, on y voit seulement quelques rues du centre ville. Le trajet l’est encore plus : deux rues seulement sont grisées, du parking au pont.

Approche 7

Nous marchons sur les hauteurs de Mostar, dans le cimetière orthodoxe. Une femme de langue allemande nous adresse la parole et nous parle longuement  en allemand. Nous ne comprenons rien mais nous faisons semblant. Sa famille est enterrée là. Elle nous fait signe de monter tout en haut du cimetière. En haut, les tombes se font de plus en plus vieilles et abandonnées, les iris se multiplient. Puis plus rien ou presque : des barbelés et au-delà, le désert de la montagne calcinée et peut-être les mines.

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