Récit d’une rencontre avec Youssef Seddik à Redeyef, ville minière Tunisienne à quelques kilomètres de la frontière algérienne à l’initiative de Siwa plateforme.

Youssef Seddik est anthropologue, poète et philosophe, spécialiste du coran, ancien professeur à la Sorbonne. La liste est longue, mais l’homme a traversé un bon bout de chemin. Ce sage aux mains qui dansent n’en reste pas moins un fougueux combattant de l’esprit. C’est sur le terrain de l’analyse du Coran que Youssef a choisi de batailler en arpentant la Tunisie, du moins là où il ne se fait pas tabasser.

Nous l’avons trouvé à la frontière du désert, dans une ville oubliée de la Tunisie, entouré d’hommes perplexes, de quelques timides curieuses et de français intrigués. Enfoncé dans son fauteuil, on se demande s’il est grand ou petit tellement ses jambes et ses bras s’étirent. Sa voix est profonde, ses mains appuient avec grâce son discours.

Ses doigts se plient, se tendent et s’agrippent dans l’air comme pour attraper l’essence des âmes et leur donner les clefs pour le secret d’un Islam philosophique.

 « Le Coran n’a pas été lu au sens où l’on hiérarchise ce que Dieu conseille à cette époque-là, ce que Dieu planifie pour une bataille précise, ce que Dieu dit de l’universel » 

« Le Coran n’a encore jamais été lu véritablement alors même que c’est l’injonction de la première sourate, le coran n’est transmis que par la seule récitation »[i],

Youssef reprécise ainsi sa pensée déjà entendu dans nombre de ses interviews.

Mais les résistances à la pensée complexe sont fortes. La discussion s’enflamme et les points de questionnements deviennent précis : l’adultère, l’héritage, la femme et son pouvoir de jugement, la prostitution, harām, le vin.

Youssef continue à faire allonger son vieux corps et danser ses mains. Point par point, il démonte le dogme radical et la récitation pour faire exister la logique, la rhétorique.

Un homme quitte la salle en colère en levant un bras au ciel.

Mais la majorité de la salle laisse souvent échapper des sourires semblant prendre plaisir à la confrontation d’idées. Les mains tendues à l’issue de la discussion témoignent d’un profond respect.

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[i]Extrait de l’Interview de Youssef Seddik au musée du Bardo en Tunisie

https://www.youtube.com/watch?v=5O9Zz7UYLy4

 

 

Author: 
Fabienne GOUDEAU
City: 
Redeyef